
Notre jour viendra, je n’ai pas réussi à le voir au cinéma. Alors avec cette sortie en DVD, je ne me suis pas gêné.
Je n’avais pas cherché à lire le scénario à l’époque, j’avais juste vu la bande-annonce au cinéma, je crois. Enfin bref, j’étais au courant que le sujet du film était principalement la rousseur. Et pour qui a vu le clip de Romain Gavras, tourné pour M.I.A (http://www.dailymotion.com/video/xd2w3j_m-i-a-born-free-video-official-real_music), l’impression que le monsieur a décidé de mettre en avant cette particularité physique est encore plus présente. Attention : cette critique contient des révélations du film.
Un ado perdu et un adulte désabusé
On se retrouve donc plongés dans une région du nord français, Olivier Barthelemy joue un ado typique, renfermé sur son ordinateur (WOW), qui joue au foot mais qui est rejeté pour son physique. Vincent Cassel est un psychiatre qui n’en peut plus d’écouter la vie merdique de ses clients.
Un soir, Rémy (Olivier Barthélémy) pète un plomb. Il frappe sa mère parce que sa sœur ne veut pas lui laisser l’ordinateur et s’enfuit de chez lui, persuadé que sa copine virtuelle va se mutiler (il découvrira que celle-ci est en fait un homme). Sur la route, il croise la voiture de Patrick (Vincent Cassel). La particularité des deux hommes ? Ils sont roux.
Patrick va alors prendre sous son aile le jeune Rémy et le pousser à se dépasser, à vaincre sa timidité créée selon lui par son “handicap” physique. Les situations s’enchainent : une bagarre avec des maghrébins, des insultes à des vagabonds, un rencard avec une ado, une embrouille avec un vendeur de voiture juif. Patrick est décidé à s’en prendre à toutes les autres minorités et à montrer à Remy qu’il peut avoir une copine s’il se donne la peine de surmonter ses peurs.
Un road movie hallucinant
Après un passage flottant dans un supermarché vide, de nuit, Remy tombe face à face avec une campagne de promotion pour une agence de voyage irlandaise. Tous les gens sont roux sur le dépliant. Il a trouvé son rêve : partir vivre en Irlande. Dès lors, leur quête s’accélère et se transforme en véritable road trip. Mais c’est également à cet instant qu’on rentre dans le début de la fin, lorsque sur une aire d’autoroute, on comprend que la belle Porsche a transformé le compte bancaire de Patrick en un trou noir.
On prend conscience dès cet instant que la quête des deux hommes est déjà vaine.
Pourtant, nos deux compères arrivent à s’incruster dans un hôtel classe, à louer sans caution une chambre de luxe. Remy, en perpétuelle quête de sa personnalité, découvre qu’il n’est pas gay. Quand à Patrick, il s’éclate avec de belles étrangères, jusqu’à ce qu’il en fasse trop, comme toujours. Et c’est dans cet hôtel que le point de rupture est atteint. Le point de non-retour du film. Lorsque Cassel se retrouve à pisser dans un jacuzzi où un couple se repose. Il se rend compte que la femme (ou l’homme) est handicapée physique et se met alors à se branler. Le summum est atteint. En plus d’être la scène la plus insoutenable du film, elle déclenche la fin du règne de Patrick, qui perd alors la volonté de continuer et se transforme en un légume passif au crâne rasé.
De dérapages en dérapages
Remy prend alors le contrôle du duo et le précipite vers une fin certaine. A la fois faite de caprices (l’arbalète, les vêtements, le crâne rasé) et de besoins (essence, place sur le paquebot), la tournure que prend la destinée de nos deux hommes est brutale. Patrick vole une voiture, le conducteur, à l’arrière, meurt lorsque la voiture se crache dans une église. Il ne se rend même pas compte de ce qu’il a fait, concentré sur Remy qui oblige les hommes à s’embrasser. Ils s’enfuient et plus loin, près d’une usine, Remy craque et tire à l’arbalète sur un homme qui travaille. Ces collègues s’enfuient. Pour mieux revenir. Ils tirent alors sur Remy et ce dernier s’en prend à eux, les tabassent à l’aide de Patrick en volant au passage leur pickup. La scène finale est en route et le talent de Romain Gavras se montre alors : la beauté de l’image pure lorsque Remy allume un fumigène, blessé à l’arrière du pick up, qu’il finit par lâcher, comme une bouteille à la mer. Le dernier bateau pour l’Irlande est parti depuis longtemps. Le temps presse, Remy perd du sang. Lorsque les deux hommes abandonnent le pick up, l’enflamment et grimpent hors du bitume pour se diriger vers une montgolfière qui a atterrie, on assiste à leur dernier vol, leur dernier coup bas, leur dernier geste désespéré. Alors que la vie quitte le corps de Remy, la montgolfière s’élève, Patrick le prend dans ses bras et le film s’arrête.
A la fois cruel et déstabilisant, poétique et terriblement désespéré, le film de Romain Gavras est une bombe que certains n’arriveront pas apprécier, c’est certain.
Ce qui est vraiment intéressant, c’est que la rousseur est présentée comme un handicap aussi important que la discrimination raciale ou le handicap physique. Comme un cri de désespoir à la face du monde pour une particularité qui a l’habitude d’être moquée mais pas forcément reconnue par tout le monde. Romain Gavras prend le parti d’une minorité qui n’a jamais été défendue, et je trouve l’idée géniale. Comme le clip de M.I.A, l’effet de surprise passé, on accepte le fait que nous passons notre vie à ranger les gens dans des boites et qu’un jour ou l’autre, il est normal que tout explose. On accepte le fait que nous sommes tous des humains et que l’on aspire à la même chose : réaliser nos rêves.
La tirade du film
En cadeau bonus, la plus belle tirade qui résume à merveille le film, lâchée par Cassel sur un parking en pleine nuit :
“Ma chevelure vous irrite, je la laisserai pousser. Mes actions, mes attitudes vous dérangent, et bien je les amplifierais.
Et quand enfin, sous la pluie de vos sarcasmes je resterais indifférent face à vous et que je pourrais enfin être celui que je dois être.
Et bien malgré ce dégout, malgré cette honte, malgré tout ça, vous m’aimerez pour ce que je suis.”
Et j’oubliais, la musique de Sebastian est magnifique.
A voir également :
[Critique] Notre jour viendra
Notre jour viendra, je n’ai pas réussi à le voir au cinéma. Alors avec cette sortie en DVD, je ne me suis pas gêné.
Je n’avais pas cherché à lire le scénario à l’époque, j’avais juste vu la bande-annonce au cinéma, je crois. Enfin bref, j’étais au courant que le sujet du film était principalement la rousseur. Et pour qui a vu le clip de Romain Gavras, tourné pour M.I.A (http://www.dailymotion.com/video/xd2w3j_m-i-a-born-free-video-official-real_music), l’impression que le monsieur a décidé de mettre en avant cette particularité physique est encore plus présente. Attention : cette critique contient des révélations du film.
On se retrouve donc plongés dans une région du nord français, Olivier Barthelemy joue un ado typique, renfermé sur son ordinateur (WOW), qui joue au foot mais qui est rejeté pour son physique. Vincent Cassel est un psychiatre qui n’en peut plus d’écouter la vie merdique de ses clients.
Un soir, Rémy (Olivier Barthélémy) pète un plomb. Il frappe sa mère parce que sa sœur ne veut pas lui laisser l’ordinateur et s’enfuit de chez lui, persuadé que sa copine virtuelle va se mutiler (il découvrira que celle-ci est en fait un homme). Sur la route, il croise la voiture de Patrick (Vincent Cassel). La particularité des deux hommes ? Ils sont roux.
Patrick va alors prendre sous son aile le jeune Rémy et le pousser à se dépasser, à vaincre sa timidité créée selon lui par son “handicap” physique. Les situations s’enchainent : une bagarre avec des maghrébins, des insultes à des vagabonds, un rencard avec une ado, une embrouille avec un vendeur de voiture juif. Patrick est décidé à s’en prendre à toutes les autres minorités et à montrer à Remy qu’il peut avoir une copine s’il se donne la peine de surmonter ses peurs.
Après un passage flottant dans un supermarché vide, de nuit, Remy tombe face à face avec une campagne de promotion pour une agence de voyage irlandaise. Tous les gens sont roux sur le dépliant. Il a trouvé son rêve : partir vivre en Irlande. Dès lors, leur quête s’accélère et se transforme en véritable road trip. Mais c’est également à cet instant qu’on rentre dans le début de la fin, lorsque sur une aire d’autoroute, on comprend que la belle Porsche a transformé le compte bancaire de Patrick en un trou noir.
On prend conscience dès cet instant que la quête des deux hommes est déjà vaine.
Pourtant, nos deux compères arrivent à s’incruster dans un hôtel classe, à louer sans caution une chambre de luxe. Remy, en perpétuelle quête de sa personnalité, découvre qu’il n’est pas gay. Quand à Patrick, il s’éclate avec de belles étrangères, jusqu’à ce qu’il en fasse trop, comme toujours. Et c’est dans cet hôtel que le point de rupture est atteint. Le point de non-retour du film. Lorsque Cassel se retrouve à pisser dans un jacuzzi où un couple se repose. Il se rend compte que la femme (ou l’homme) est handicapée physique et se met alors à se branler. Le summum est atteint. En plus d’être la scène la plus insoutenable du film, elle déclenche la fin du règne de Patrick, qui perd alors la volonté de continuer et se transforme en un légume passif au crâne rasé.
Remy prend alors le contrôle du duo et le précipite vers une fin certaine. A la fois faite de caprices (l’arbalète, les vêtements, le crâne rasé) et de besoins (essence, place sur le paquebot), la tournure que prend la destinée de nos deux hommes est brutale. Patrick vole une voiture, le conducteur, à l’arrière, meurt lorsque la voiture se crache dans une église. Il ne se rend même pas compte de ce qu’il a fait, concentré sur Remy qui oblige les hommes à s’embrasser. Ils s’enfuient et plus loin, près d’une usine, Remy craque et tire à l’arbalète sur un homme qui travaille. Ces collègues s’enfuient. Pour mieux revenir. Ils tirent alors sur Remy et ce dernier s’en prend à eux, les tabassent à l’aide de Patrick en volant au passage leur pickup. La scène finale est en route et le talent de Romain Gavras se montre alors : la beauté de l’image pure lorsque Remy allume un fumigène, blessé à l’arrière du pick up, qu’il finit par lâcher, comme une bouteille à la mer. Le dernier bateau pour l’Irlande est parti depuis longtemps. Le temps presse, Remy perd du sang. Lorsque les deux hommes abandonnent le pick up, l’enflamment et grimpent hors du bitume pour se diriger vers une montgolfière qui a atterrie, on assiste à leur dernier vol, leur dernier coup bas, leur dernier geste désespéré. Alors que la vie quitte le corps de Remy, la montgolfière s’élève, Patrick le prend dans ses bras et le film s’arrête.
A la fois cruel et déstabilisant, poétique et terriblement désespéré, le film de Romain Gavras est une bombe que certains n’arriveront pas apprécier, c’est certain.
Ce qui est vraiment intéressant, c’est que la rousseur est présentée comme un handicap aussi important que la discrimination raciale ou le handicap physique. Comme un cri de désespoir à la face du monde pour une particularité qui a l’habitude d’être moquée mais pas forcément reconnue par tout le monde. Romain Gavras prend le parti d’une minorité qui n’a jamais été défendue, et je trouve l’idée géniale. Comme le clip de M.I.A, l’effet de surprise passé, on accepte le fait que nous passons notre vie à ranger les gens dans des boites et qu’un jour ou l’autre, il est normal que tout explose. On accepte le fait que nous sommes tous des humains et que l’on aspire à la même chose : réaliser nos rêves.
En cadeau bonus, la plus belle tirade qui résume à merveille le film, lâchée par Cassel sur un parking en pleine nuit :
“Ma chevelure vous irrite, je la laisserai pousser. Mes actions, mes attitudes vous dérangent, et bien je les amplifierais.
Et quand enfin, sous la pluie de vos sarcasmes je resterais indifférent face à vous et que je pourrais enfin être celui que je dois être.
Et bien malgré ce dégout, malgré cette honte, malgré tout ça, vous m’aimerez pour ce que je suis.”
Et j’oubliais, la musique de Sebastian est magnifique.
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