[Critique] L’obscurité du dehors de Cormac McCarthy

[Critique] L’obscurité du dehors de Cormac McCarthy

Je poursuis ma lecture de l’œuvre complète de Cormac McCarthy avec son deuxième roman : L’obscurité du dehors.

Et encore une fois, je suis terrassé par la force et la qualité de l’écriture de cet auteur, que je range sans conteste dans ma liste des écrivains qui m’ont le plus touchés.

L’histoire ici prend place dans les Appalaches, en plein été, dans un Sud américain qui pue la sueur et la douleur. Un homme et une femme, Culla et Rinthy Holme, frère et sœur, végètent au fond d’une cahutte en pleine forêt. La pauvre petite est enceinte. De son frère. Lorsque l’enfant nait, le frère profite du sommeil de sa sœur pour se débarrasser de l’enfant dans la forêt.

Et alors que l’adolescente se réveille et que son frère lui explique dans un mensonge qu’il a enterré l’enfant mort, un colporteur qui passe par là, emporte le nouveau-né avec lui. Très rapidement, Rinthy découvre que l’enfant n’est pas mort et décide de partir à sa recherche.

C’est le début d’une longue, pénible et déroutante quête. Celle d’une femme cherchant son enfant, d’un frère cherchant sa sœur, et des rencontres qu’ils vont faire tout au long de leur périple.

Vous serez jamais en paix, gémit-elle. Jamais.

Le monde que vont affronter Culla et Rinthy n’est pas beau à voir. Ils passent la plupart de leur temps seuls, à marcher et errer jusqu’au prochain village, ou à la prochaine rencontre. Les dialogues sont bruts, directs, dans un langage ôté de toute manière. On sent que personne ne sait écrire en ce bas monde. Que le vocabulaire n’est même pas familier, il est limité. McCarthy nous offre ici un catalogue effrayant et touchant d’hommes et femmes qui vivent dans la plus modeste des manières. On approche l’humain dans sa plus simple des présentations. Et ce n’est, en général, pas beau à voir. Seulement touchant et terriblement réaliste.

Comme chacun en ce bas monde, dit-il.

Très peu sont les rencontres chaleureuses. Seule Rinthy trouvera quelques personnes bienveillantes à son égard. Culla lui, essuie la tempête à chaque passage. Comme si son acte incestueux le condamnait à souffrir jusqu’à la fin de sa vie.

La fin du roman, comme on croit s’y attendre, ne confronte pas forcément tous les protagonistes. Il s’achève dans le sang et le vide. Comme toute histoire de McCarthy. Laissant les survivants de cette épopée, seuls et amères.

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