Pour commencer cette critique il va falloir que je vous explique d’où vient Bagdad Rodéo. Car vu comme ça le groupe sort de nulle part et vous agresse sans que vous n’ayiez la possibilité de vous défendre.
En fait, Bagdad Rodéo, c’est la transformation d’un des meilleures groupes de métal français qui à l’époque s’appelait Lik…id ! Vous connaissez ? Non ? Lik…id ce fût deux albums magnifiques : Rien n’est sens et Élevé à la peur.
Rien n’est sens, un album noir et très schizophrène porté par des musiciens exceptionnels et un chanteur complètement fou, j’ai nommé I.D.O (Ludovic).
Elevé à la peur, toujours cette noirceur et cette violence métal mais des paroles qui commencent à sentir la tournure que prend Lik…id : l’engagement et la dénonciation.
Après plus de dix ans passés à « galérer » sur la scène métal indépendante, à faire des « petits » concerts là où on voulait d’eux (l’autre jour j’ai retrouvé des billets et je pense avoir vu pas moins de 7 fois Lik…id en concert, c’est vous dire le fan que je suis), Lik…id a fini par se transformer complètement en perdant notamment son batteur et son bassiste.

Lik…id est donc à oublier car Bagdad Rodéo c’est également un nouveau style de musique et un « premier » album éponyme.
Je suis à la fois triste et heureux. Triste car la noirceur de Lik…id a quasiment disparue et la violence du groupe me manquera à jamais. Heureux car le groupe a trouvé un style qui lui permettra, je l’espère de toucher un public plus large et de se faire encore mieux connaitre qu’avec Lik…id. Mais revenons à cet album !
L’album s’ouvre sur « La ménagère » et son petit riff hawaïen qui est vite rattrapé par une batterie et des guitares électriques énervées. Les lyrics sont tranchants et on se retrouve dans la peau d’un commercial type qui vend des produits à la pelle… Extraits : « Je joue, je gagne, je suis le mec qui vend du plaisir à ta femme. Je l’avoue, je drague la ménagère de 50 ans qui s’emmerde à la campagne ! » J’ai trouvé une version acoustique :
On fait face ensuite à un « mauvais perdant », un justicier qui dénonce tout ce qu’il déteste de la société. Toujours rock, très mélodique mais parfois crié, c’est la touche parfaite que distille Bagdad Rodéo. Extraits : « Peu importe si elle en tue des millions, les autres seront de parfaits moutons ! »
Une de mes chansons préférées et sa rythmique qui pourrait en faire un tube, « Je suis beau » nous mets une fois de plus dans la peau d’un commercial qui s’admire dans la glace durant 3 minutes. Ironie et humour noir font de son refrain entêtant une claque géniale : « Ouiiii, je suis beaaaau, comme le nain dans Willow ! » Encore une fois, la voix de Ludo et les notes envolées des guitares font de ce morceau un bijou.

On arrive au 4e morceau « Une longue histoire » et on découvre une nouvelle voix déjà entendue… Celle de Kemar de No One is Innocent. Et c’est là que l’on est devant l’évidence et que l’on se dit : « mais oui ! Je savais bien qu’il y avait quelque chose de déjà entendu dans cet album ! » Il est vrai que l’aide du guitariste de No One is Innocent pour l’enregistrement de l’album fait que l’on a parfois l’impression d’entendre du No One is Innocent (au niveau du mixage du son j’entends). Heureusement que l’ironie et la voix de Ludo détruisent le doute qui s’installe. Surtout que le 5e morceau « La machine » fait taire toute ma critique puisqu’on se sent presque revenus dans l’univers décalé de Lik…id : des samples, un léger scratch en fin de morceau, un acordéon et un texte vif sur un des pires fléau inventé par l’homme pour l’homme : le travail à la chaine.

Encore un tube en puissance avec « La Farandole » et une sorte d’explication de Ludo (pour le public de Lik…id ?) dans laquelle il raconte que le changement de style du groupe est obligatoire pour s’en sortir. Encore une fois un texte magnifique qui attaque toute notre jeunesse dorée qui passe sa vie à se noyer dans l’alcool et à écouter de la musique sans comprendre les paroles (ok je fais partie de la première catégorie mais je refuse la seconde)… Extraits : « Ils préférent voir des strings, voir de jolies babydolls, du bling bling et de l’alcool. Ils préférent quand ça swingue, quand ils peuvent faire la farandole sans comprendre les paroles. Ils veulent des NA-NA-NA-NA-NA-NA-NA ! » Une bien triste réalité et un véritable plaidoyer sur le peu de variété musicale qu’écoute la jeunesse en partie dûe au fait que nous ne sommes pas intéressés par l’envie d’aller plus loin que le son alors que tant de groupes, de styles et de paroles sont bien plus intéressants que le vulgaire dernier tube de David Venguetta.
Je passe sur « Revolucion » qui dénonce encore une fois et qui s’adresse directement à toi, petit mouton installé derrière ton ordinateur et j’en viens direct à un autre morceau génial « Super connard ». En référence au Super Connard de Fred & Omar, Ludo attaque la pauvre fille qui tente de le draguer et assume complètement sa méchanceté ! Extraits « Je suis un super connard, ascendant gros batard, 50% toquard, 10% salopard, 1% intelligent, le reste c’est du pourboire ! ». Mention spéciale au break « MAIS PUTAIN QU’EST-CE QU’ELLE EST CHIAAAAANTE ! » qui fait sourire et qui fait secouer la tête instinctivement ! On notera encore une fois des samples de trompette qui se marient parfaitement au morceau et qui nous place comme le reste de l’album dans une sorte de torpeur bien typique d’un pays du sud (Mexique, Texas, Espagne ?).
Vient l’heure de la balade mélancolique avec « Areva mon amour » qui s’envole dans une dénonciation semblable à celle du « Respire » de Mickey 3D. Mention spéciale aux samples assassins (« Moi j’ai tout lu Yann Arthus-Bertrand » « 2012 c’était vraiment géant ») et aux paroles tellement vraies de Ludo qui dénonce notre position vis à vis de l’écologie : « J’ouvre ma gueule et pourtant, j’aime aller où vont les gens. La démarche est la même, je chialerais dans 50 ans. J’ai mes propres problèmes : choisir mon déodorant. Croire en Dieu si la falaise voit les cons sauter avant. » Magnifique morceau donc.
On est pris de court par le morceau qui a bien tourné sur internet grâce à son clip notamment : « Monde de merde »! Rien à dire sur ce morceau qui est juste parfait : rapide, incisif, dénonciateur et complètement basé sur l’humour noir. Je vous laisse le clip pour vous faire un avis :
Il ne reste plus que trois morceaux et on part dans une autre catégorie avec « L’autre » puisqu’ici est exposé un duel de pensées entre un homme et une femme qui attendent le grand amour sans se rendre compte que la personne parfaite n’existe pas.

« Les hyènes » est encore un de mes coups de coeur. Une orgue en intro, un duo batterie/basse et la voix de Ludo glisse lentement, distillant le destin tragique d’un top model qui tombera dans l’oubli aussi vite qu’elle aura atteint le sommet. Le refrain est juste magnifique : « Comme une reine qui doit compter ses jours avant que les hyènes ne la mangent à son tour ! ».
L’album se termine sur « Le peuple sale », un dernier pavé dans la mare. Une critique dirigée vers nous, la jeunesse des pays riches qui poussons le monde au bord du gouffre et qui survivons comme nous pouvons à tenter de marcher dans les pas de nos parents. Les samples musicaux sont magnifiques et les derniers mots résonnent dans ma tête : « Nous sommes nés du mauvais côté, nous sommes le peuple sale. »
Conclusion :
Il n’y a que du bon dans cet album et l’ impression d’entendre le son de No One Is Innocent est tout de suite oubliée car les paroles et les instruments propulsent cet album aux côtés des peu de musiciens français que j’apprécie : Mickey 3D, Saez, Miossec, Babylon Pression…
Je ne peux que vous conseiller de foncer sur iTunes ou même d’oser acheter l’album de Bagdad Rodéo ! Un vent de fraîcheur et surtout un album coup de poing à écouter d’urgence !


