55 ans jour pour jour qu’Emmett Till, un jeune afro-américain de 14 ans, décédait après avoir été torturé et battu à mort.
Un martyr qui depuis 55 ans hante l’Histoire de l’Amérique. Car il faut connaître l’affaire pour « comprendre » aujourd’hui les mentalités de l’époque dans un État du Mississippi ancré dans un racisme profond.
Emmett Till était originaire de Chicago et était venu passer les vacances chez ses cousins à Money (Mississippi). Il faut savoir qu’à l’époque Chicago est une ville en plein essor industriel dans laquelle les Afro-Américains sont beaucoup plus acceptés que dans les campagnes profondément sudistes. Au Mississipi, c’est une autre affaire puisque depuis 1882, les lynchages et les meurtres raciaux sont monnaie courante. Emmett Till est donc mis en garde par sa mère Mamie Till qui lui ordonne de se tenir tranquille chez son oncle…
Arrivé chez ce dernier, Moïse Wright, le 21 août, il suffit de quelques jours pour que se produise un événement qui changera l’Histoire à jamais. En effet, Emmett et ses cousins se rendent à l’épicerie Bryant tenue par un couple de blancs. Cela fait plusieurs jours qu’ils suent dans les champs de coton et c’est dans cette épicerie que viennent se fournir les métayers du coin. Personne ne détient la vérité mais il est clair que quelque chose s’est produit entre Emmett et Carolyn Bryant qui tient ce jour-là, seule, la boutique (son mari est en voyage). La rumeur dit qu’Emmett aurait sifflé la femme et tenté de la séduire. Carolyn a même dit qu’il l’avait touchée. Quoi qu’il en soit, les garçons rentrent à la maison et bien avant que Roy Bryant (le mari) ne soit rentré de voyage, la rumeur s’était répandue dans toute la région.
La population tremblait d’avance de la vengeance de Roy. Car ce qu’Emmett Till osa faire ce jour-là, aurait été un acte parfaitement acceptable à Chicago (Emmett avait une photo d’une amie blonde dans son portefeuille) mais ici, à Money, Roy et son demi-frère Milam n’hésitèrent pas une seconde à aller « donner une leçon » à Emmett.
Le 28 août dans la nuit, alors que les enfants et neveux de Moïse dorment, le bruit d’un pick-up qui se range et les coups sur la porte réveillent la maison entière. Roy et Milam sont à la porte, demandant de plein droit, comme on demande le remboursement d’un prêt, le petit Emmett. Arraché des bras de Moïse qui implorera les deux blancs de laisser Emmett qui n’est qu’un gosse, les deux frères l’emmènent au loin dans le comté voisin.
C’est dans un hangar qu’Emmett va se confronter à l’inimaginable, la violence et la haine humaine brute. On retrouvera Emmett Till les yeux arrachés, des contusions partout sur le corps, un ventilateur de machine à trier le coton attaché autour du cou avec du fil barbelé. Finalement jeté encore vivant dans la rivière Tallahatchie, un seul témoin entendra les cris du pauvre adolescent pendant des heures jusqu’à ce que les hommes le tuent par balle.
Dans la nuit du lendemain, les frères sont soupçonnés et arrêtés. Alors que la famille d’Emmett le recherche, un procès est ouvert lorsqu’on identifie le cadavre. Les frères jurent avoir relâchés Emmett après l’avoir enlevés pour la simple et bonne raison qu’ils se sont rendus compte que ce n’était pas lui qui avait sifflé Carolyn. Alors que leur histoire ne tient pas débout une seule seconde, les frères sont acquittés par un jury composé de blancs plus ou moins proches des frères (et plus ou moins d’accord avec le sordide sort octroyé à Emmett).
Le procès plié en moins d’une heure et demie, c’est un scandale qui éclate dans toute l’Amérique. Rassurés vis à vis d’une loi qui fait qu’on ne peut pas juger un meurtre deux fois (Double jeopardy law), les frères n’hésitent pas à la fin du procès à avouer leur crime. Il s’avérera qu’ils ne sont pas les seuls impliqués dans ce meurtre et que même des jurés étaient dans le coup…
S’il y’a quelque chose à tirer de cet horrible « fais divers », c’est que c’est un des facteurs moteurs qui a permis la naissance du Mouvement des Droits Civiques aux Etats-Unis guidé par Martin Luther King notamment.
J’ai découvert l’histoire d’Emmett Till grâce à Bob Dylan et son magnifique morceau « Death of Emmett Till » que je vous laisse écouter :
Les paroles sont à découvrir ici.
Je terminerais par une phrase de Dylan :
« This song is just a reminder to remind your fellow man that this kind of thing still lives today in that ghost-robed Ku Klux Klan. But if all us folks that thinks alike, if we gave all we could give. We could make this great land of ours a greater place to live. »
Car s’il y a bien quelque chose qui se perd à notre époque, c’est la mémoire et les souvenirs de l’Histoire, de notre passé. Surtout notre passé proche. Alors si en lisant cet article vous avez découvert l’histoire d’Emmett Till et qu’elle vous a touchée et si la voix criarde mais brisée de Dylan vous percutée, je suis tout simplement heureux. N’oubliez jamais et transmettez, par les mots, par la parole et même par la musique. Transmettez et faites que l’on se souvienne à jamais des tragédies de l’Histoire, de ces martyrs qui ont payé de leur vie pour que les choses changent.
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Aller plus loin avec L’Express.
L’histoire d’Emmett Till sur Wikipédia.



